La solitude est souvent associée au fait d’être seul. Pourtant, dans la réalité, les choses sont bien plus complexes que cela.
Nous pouvons être seuls et nous sentir parfaitement bien. Apprécier un moment de calme, avoir besoin de nous retrouver, prendre du recul. Cette solitude choisie peut être ressourçante et même nécessaire.
À l’inverse, nous pouvons être entourés et ressentir un profond sentiment de solitude. Avoir des proches présents, recevoir des messages, partager des moments avec les autres, tout en ayant l’impression que personne ne comprend réellement ce qui se passe à l’intérieur de nous.
La solitude dont je vais parler dans cet article est celle qui fait souffrir. Celle qui apparaît lorsque nous nous sentons incompris, différents, décalés ou parfois même invisibles dans ce que nous vivons.
C’est une solitude qui peut s’installer progressivement après un deuil, une maladie chronique, une douleur persistante ou un événement de vie difficile.
Et lorsqu’elle s’installe, elle ne touche pas seulement nos relations avec les autres. Elle finit souvent par modifier la relation que nous entretenons avec nous-mêmes.
Pour approfondir les risques de la solitude, je vous conseille la lecture de cet article de l’OMS.
Avez-vous déjà eu l'impression d'être seul alors que vous étiez entouré ?
Je crois que c’est l’une des formes de solitude les plus douloureuses, parce qu’il ne s’agit pas d’être seul physiquement. Il ne s’agit pas forcément de manquer d’amour ou de soutien.
Bien souvent, les personnes que j’accompagne ont un conjoint, une famille, des amis, parfois même un entourage très présent.
Et pourtant, elles me disent : « Je me sens seule. »
Au fil des années, j’ai compris que cette solitude-là n’avait pas grand-chose à voir avec le nombre de personnes autour de soi.
Elle apparaît souvent lorsque nous traversons quelque chose que les autres ne peuvent pas vraiment comprendre. Une maladie chronique, une douleur persistante, un deuil, n traumatisme, une différence devenue visible ou invisible.
À partir de ce moment-là, il y a parfois l’impression de vivre dans un monde parallèle, un monde que les autres regardent de l’extérieur sans pouvoir réellement y entrer, et cette sensation peut être extrêmement douloureuse.
Table des matières
Quand la souffrance nous fait entrer dans un monde que les autres ne voient pas
Lorsqu’un événement bouleverse notre vie, il modifie souvent bien plus que notre quotidien, il change notre façon de voir le monde, nos priorités, notre rapport au temps, notre rapport au corps, notre rapport aux autres.
Pendant ce temps-là, la vie continue autour de nous. Les collègues parlent de leurs projets, les amis préparent leurs vacances, la famille poursuit son rythme habituel, et même lorsque les proches sont bienveillants, il peut exister un décalage immense entre ce que nous vivons à l’intérieur et ce que les autres perçoivent.
Ce décalage crée parfois un sentiment étrange, celui de ne plus tout à fait appartenir au même monde que les autres.
La maladie chronique : quand on finit par ne plus raconter
Je rencontre souvent des personnes qui, au début de leur maladie, essayaient d’expliquer. Elles expliquaient leurs douleurs, leur fatigue, leurs rendez-vous médicaux, les traitements, les effets secondaires.
Puis, progressivement, quelque chose change. Non pas parce qu’elles vont mieux, mais parce qu’elles se fatiguent de devoir expliquer encore et encore, parce qu’elles ont parfois l’impression que les autres écoutent sans vraiment comprendre, parce qu’elles entendent certaines phrases qui, même prononcées avec bienveillance, peuvent devenir douloureuses :
- « Tu devrais sortir davantage. »
- « Il faut rester positive. »
- « Tu as pourtant bonne mine. »
- « Tu devrais essayer de penser à autre chose. »
Alors certaines personnes finissent par répondre simplement : « Ça va. », alors que ça ne va pas vraiment.
Et petit à petit, elles gardent pour elles une grande partie de ce qu’elles vivent.
Cette solitude est particulièrement présente dans les maladies invisibles, lorsque la douleur ne se voit pas, lorsque la fatigue ne se voit pas, lorsque les examens sont parfois normaux alors que la souffrance est bien réelle.
La solitude face à l'incompréhension médicale
C’est une solitude dont on parle peu, pourtant, elle est immense.
Certaines personnes passent des mois, parfois des années, à chercher des réponses.
Elles consultent, elles passent des examens, elles changent de spécialistes, et parfois, elles entendent :
- « Vos examens sont normaux. »
- « Je ne vois rien d’inquiétant. »
- « Il va falloir apprendre à vivre avec. »
Bien sûr, ces phrases ont parfois une réalité médicale, mais lorsqu’elles sont entendues alors que la souffrance est toujours là, elles peuvent laisser un sentiment profond d’abandon.
Comme si la douleur n’existait plus parce qu’on ne parvenait pas à l’expliquer, comme si l’on devait prouver ce que l’on ressent.
Et cette situation peut profondément fragiliser la confiance en soi et en son propre ressenti.
Le deuil : quand la solitude commence parfois après les obsèques
Le deuil est une expérience particulière.
Au début, il y a souvent beaucoup de monde, des appels, des messages, des visites.
Puis les semaines passent, la vie reprend son cours. C’est normal. Mais pour la personne endeuillée, l’absence continue souvent à être présente chaque jour, dans une odeur, dans une chanson, dans une habitude, dans une date importante qui approche, dans une place vide à table.
Certaines personnes me confient qu’elles n’osent plus parler de leur proche disparu, comme si leur chagrin devenait encombrant, comme si elles devaient aller mieux parce que le temps passe.
Or la douleur ne suit pas un calendrier, et il arrive que la solitude s’installe précisément à cet endroit, lorsque l’on continue à porter quelque chose que les autres ne voient plus.
Quand le corps change et que l'on ne se reconnaît plus vraiment
La solitude peut également apparaître lorsque notre corps change, après une maladie, après une chirurgie, après un cancer, après une prise ou une perte de poids importante, après l’apparition de cicatrices, après un handicap.
Je rencontre souvent des personnes qui me disent : « Je ne me reconnais plus. »
Et derrière cette phrase, il y a parfois beaucoup de souffrance. Parce que le regard des autres fait peur, mais aussi parce que le regard que l’on porte sur soi-même devient plus difficile.
Certaines personnes cessent progressivement de faire certaines choses, elles refusent des invitations, elles évitent certaines situations, elles ne se sentent plus légitimes, comme si leur différence prenait toute la place.
Quand la solitude devient un cercle vicieux
La solitude ne reste pas toujours une simple conséquence. Parfois, elle devient un mécanisme qui s’auto-entretient.
À force de se sentir incompris, on parle moins. À force de parler moins, on partage moins. À force de partager moins, on s’isole davantage.
Et plus on s’isole, plus la solitude grandit.
Petit à petit, certaines croyances peuvent apparaître :
- « Je dérange. »
- « Personne ne peut comprendre. »
- « Je suis devenu un poids. »
- « Je dois me débrouiller seul. »
- « Je ne mérite pas qu’on m’aide. »
Ces pensées ne sont pas la réalité, mais elles finissent parfois par devenir notre réalité intérieure.
Pourquoi certaines blessures anciennes se réveillent-elles ?
C’est souvent quelque chose que nous découvrons ensemble lors des accompagnements.
Parfois, la solitude d’aujourd’hui vient réveiller des blessures beaucoup plus anciennes, un rejet, une humiliation, un abandon, du harcèlement, un sentiment d’exclusion vécu dans l’enfance ou à l’adolescence.
La situation actuelle agit alors comme un révélateur.
Elle réactive des émotions déjà connues et soudain, la douleur présente devient beaucoup plus intense que ce qu’elle devrait être. Non pas parce que la personne est fragile, mais parce qu’elle porte plusieurs couches de souffrance qui se superposent.
Comment la sophrologie aide à retrouver sa place
C’est souvent ici que la sophrologie prend tout son sens, non pas parce qu’elle va supprimer la maladie, la douleur ou le deuil, mais parce qu’elle permet de retrouver un espace intérieur plus stable.
Lorsque nous souffrons, nous passons souvent énormément de temps à regarder vers l’extérieur.
- Que pensent les autres ?
- Pourquoi ne comprennent-ils pas ?
- Comment vais-je être perçu ?
La sophrologie permet progressivement de revenir vers soi, de se reconnecter à ses ressentis, à ses besoins, à ses limites, à ses ressources.
Au fil des séances, j’observe souvent quelque chose de très beau, les personnes cessent progressivement de se définir uniquement à travers ce qu’elles traversent, elles ne sont plus seulement une malade, plus seulement une personne endeuillée, plus seulement une personne douloureuse.
Elles recommencent à voir toutes les autres facettes d’elles-mêmes.
Quand la thérapie par mouvements oculaires permet d'aller plus loin
Parfois, malgré tout ce travail, certaines émotions restent très présentes, parce qu’elles sont reliées à des événements plus anciens, à des expériences qui n’ont jamais vraiment été digérées.
La thérapie par mouvements oculaires permet alors de retraiter ces souvenirs et les croyances qui en sont nées.
- « Je ne suis pas assez bien. »
- « Je suis seul. »
- « Je ne peux compter sur personne. »
- « Je ne mérite pas d’être aimé. »
Petit à petit, ces certitudes perdent de leur force, le regard porté sur soi évolue et l’on retrouve davantage de liberté intérieure.
Et si la première personne avec qui recréer du lien était soi-même ?
Lorsque l’on souffre de solitude, il est naturel de chercher davantage de lien avec les autres, mais au fil de mon expérience, je remarque souvent une autre réalité.
À force de lutter, de s’adapter, de faire bonne figure ou de chercher à être compris, certaines personnes finissent par perdre le lien avec elles-mêmes.
- Elles ne s’écoutent plus vraiment.
- Elles ne savent plus ce dont elles ont besoin.
- Elles ne prennent plus le temps d’accueillir ce qu’elles ressentent.
Et c’est souvent là que commence le véritable travail.
- Retrouver ce lien avec soi.
- Apprendre à se regarder avec davantage de douceur.
- Reconnaître sa souffrance sans la minimiser.
- S’autoriser à exister pleinement, même lorsque la vie ne ressemble plus à ce qu’elle était avant.
Conclusion
La solitude n’est pas toujours l’absence des autres.
Bien souvent, elle naît du sentiment de ne plus être compris dans ce que l’on vit au plus profond de soi.
Face à la maladie, au deuil, à la douleur ou aux épreuves de la vie, cette solitude est fréquente. Elle est humaine.
Elle mérite d’être entendue.
La sophrologie et la thérapie par mouvements oculaires offrent alors un espace pour déposer ce qui pèse, retrouver ses ressources et reconstruire progressivement un lien plus serein avec soi-même, et parfois, c’est précisément à cet endroit que l’on découvre que l‘on n’est peut-être pas aussi seul que l’on le croyait.


