Quand une personne meurt, il n’y a pas seulement son absence à laquelle il faut apprendre à faire face, il y a aussi tout ce qui s’est passé autour de sa mort.
Les jours qui ont précédé, l’annonce, l’hôpital, les dernières heures, le moment du décès, les personnes présentes ou absentes, les paroles prononcées, celles que nous aurions aimé entendre ou dire. Il y a parfois une image qui reste en tête, une scène très précise, une sensation, un détail dont nous nous souvenons des années après.
Et puis il y a tout ce qui vient après. Les obsèques, les démarches, la famille, les réactions de chacun, les tensions qui peuvent apparaître, les incompréhensions, les choses qui n’ont pas été dites.
Le deuil ne se résume donc pas toujours au manque de la personne.
Parfois, ce qui fait encore souffrir longtemps après le décès, c’est aussi la manière dont les choses se sont passées.
Dans mes accompagnements, je rencontre des personnes qui viennent avec cette souffrance. Elles peuvent avoir perdu quelqu’un depuis quelques semaines, quelques mois ou parfois plusieurs années. Certaines ont besoin de retrouver un peu d’apaisement face à une tristesse encore très présente. D’autres souhaitent revenir sur un événement précis, une image, une culpabilité ou une peur qui continue de les accompagner.
Et parfois, un nouveau décès vient simplement réveiller un vécu plus ancien, parfois oublié ou mis de côté.
Le jour du décès peut laisser une empreinte particulière
Le jour où une personne meurt reste parfois gravé dans la mémoire.
Il peut y avoir le souvenir de l’appel téléphonique, de l’arrivée à l’hôpital, d’une chambre, d’un dernier regard, d’une dernière parole. Il peut y avoir le moment où la mort a été annoncée, ou au contraire une période pendant laquelle il a été difficile de comprendre réellement ce qui était en train de se passer.
Certaines personnes me racontent très précisément ce qu’elles ont vécu ce jour-là. D’autres ont des souvenirs beaucoup plus flous, comme si certaines parties de cette journée étaient difficiles à retrouver.
Et parfois, ce n’est pas la mort en elle-même qui reste particulièrement douloureuse. C’est une scène précise.
Une image du corps. Une sensation ressentie à ce moment-là. Une phrase. Une impression de ne pas avoir fait ce qu’il fallait. La sensation d’avoir été seul. Ou encore cette pensée qui revient régulièrement : « J’aurais peut-être dû… »
Avec le temps, vous pouvez continuer à vivre, travailler, voir vos proches, reprendre vos habitudes, tout en portant encore cette charge émotionnelle.
C’est notamment ce qui peut être travaillé dans un accompagnement.
La sophrologie va permettre de retrouver progressivement de l’apaisement lorsque le souvenir fait remonter des émotions ou des sensations difficiles. Elle permet aussi de revenir au corps, à la respiration, à ce qui se passe ici et maintenant, plutôt que de rester complètement happé par le souvenir.
Lorsque le souvenir d’un événement reste particulièrement chargé, le travail par mouvements oculaires va également permettre de revenir sur ce qui s’est passé et sur la manière dont cet événement continue à résonner aujourd’hui.
L’objectif n’est pas d’effacer le souvenir. Il ne s’agit pas non plus d’oublier la personne, surtout pas!
Il s’agit de pouvoir repenser à ce qui s’est passé avec moins de souffrance.
Table des matières
Quand tout ce qui s'est passé autour du décès fait aussi partie du deuil
Régulièrement, lorsque vous venez me parler de votre deuil, je me rend compte que votre souffrance ne vient pas uniquement de l’absence de l’être aimé, elle vient aussi de tout ce qui s’est joué autour de cette mort :
- Un conflit familial.
- Une incompréhension.
- Une décision qui n’a pas été comprise.
- Une personne qui n’était pas présente.
- Une autre qui était trop présente.
- Des reproches.
- Des non-dits.
- Une colère que vous n’avez jamais pu exprimer.
Le décès peut parfois faire ressortir des difficultés familiales qui existaient déjà avant et lorsque chacun vit le deuil à sa manière, cela peut être particulièrement compliqué.
Certains ont besoin de parler sans arrêt de la personne disparue. D’autres ne veulent plus en parler. Certains souhaitent conserver toutes ses affaires. D’autres ont besoin de tout ranger rapidement. Certains pleurent beaucoup, d’autres semblent continuer leur vie comme avant. Il n’y a pas une seule manière de réagir à la mort.
Mais lorsque les réactions sont très différentes au sein d’une même famille, cela peut ajouter de la souffrance à la souffrance.
« Pourquoi est-ce que je suis le seul à vivre les choses comme ça ? » « Pourquoi personne ne comprend ce dont j’ai besoin ? » « Pourquoi est-ce que les autres semblent déjà être passés à autre chose ? »
L’accompagnement peut aussi vous permettre de déposer tout cela, sans avoir besoin de choisir entre la tristesse liée à la perte et les autres émotions qui peuvent l’accompagner.
La colère a parfois sa place dans le deuil. La culpabilité aussi. Tout comme l’incompréhension, le soulagement parfois, ou même certaines émotions que vous avez du mal à accepter.
Quand certaines pensées autour de la mort deviennent envahissantes
Un décès peut également modifier profondément notre rapport à la mort. Avant, la mort pouvait sembler lointaine, presque abstraite, puis quelqu’un que nous aimons meurt, et elle devient soudainement concrète.
Et parfois, vous commencez à penser davantage à votre propre mort, à celle de votre conjoint.e, de vos enfants, de vos parents.
« Et si quelque chose arrivait à quelqu’un que j’aime ? »
« Et si je mourais à mon tour ? »
« Et si une autre mauvaise nouvelle arrivait ? »
Ces pensées peuvent parfois devenir très présentes, notamment lorsqu’elles sont associées à des sensations d’angoisse ou à un besoin permanent de vérifier que tout va bien. La peur peut alors dépasser le décès initial et c’est aussi quelque chose qui peut être accompagné.
Avec la sophrologie, vous pouvez notamment travailler sur les manifestations corporelles de l’anxiété, apprendre à revenir au présent et retrouver des espaces dans lesquels la pensée n’est plus entièrement tournée vers ce qui pourrait arriver.
Lorsque ces peurs sont liées à des événements particulièrement marquants ou à des expériences antérieures, le travail par mouvements oculaires (type EMDR) peut également permettre de revenir sur ce qui continue à alimenter cette charge émotionnelle.
Un deuil peut parfois en réveiller un autre
Il arrive qu’un nouveau décès fasse ressurgir une perte ancienne, vous perdez quelqu’un aujourd’hui et vous avez soudainement l’impression de revivre le décès d’un parent survenu vingt ans auparavant.
Une date anniversaire approche. Une chanson revient. Une odeur, un lieu, une maladie ou une situation fait remonter un souvenir que vous pensiez pourtant avoir laissé derrière vous. Cela peut être déstabilisant.
« Pourquoi est-ce que je ressens tout ça maintenant ? »
Cela ne signifie pas forcément que vous n’avez pas « fait votre deuil ». Les expériences de perte peuvent se faire écho entre elles. Un nouveau décès peut venir réveiller une émotion ancienne, parfois parce qu’une première perte avait été vécue dans des circonstances particulièrement difficiles.
Il peut alors être intéressant de prendre le temps de comprendre ce qui se passe aujourd’hui, mais aussi ce que cette nouvelle perte vient réveiller dans votre histoire.
Mais au fond, qu'est-ce que le deuil ?
Nous parlons souvent de « faire son deuil », comme s’il existait un processus bien défini, avec un début, des étapes et une fin mais dans la réalité, les choses sont beaucoup plus personnelles.
Le deuil, ce n’est pas simplement apprendre à vivre sans quelqu’un. C’est aussi apprendre à vivre avec son absence, avec les souvenirs, avec ce que cette personne représentait dans notre vie, avec ce qui a été vécu ensemble et parfois avec ce qui ne pourra plus l’être.
Certaines journées peuvent être relativement apaisées, puis une émotion peut revenir très fortement et cela ne signifie pas que nous revenons au point de départ.
Le deuil peut évoluer. La douleur peut changer de forme. La place de la personne disparue peut également évoluer dans notre vie.
Il n’y a donc pas de calendrier universel du deuil.
Est-ce qu'il faut vraiment « faire son deuil » ?
J’entends parfois des personnes me dire : « Ça fait tellement longtemps, je devrais être passé à autre chose. »
Mais qui décide du temps nécessaire pour faire son deuil ? Et surtout, que signifie réellement « être passé à autre chose » ? Est-ce ne plus pleurer ? Ne plus penser à la personne ? Ne plus ressentir de tristesse lorsque nous évoquons son souvenir ?
Je ne le crois pas.
Il est possible de continuer à aimer quelqu’un qui n’est plus là. Il est possible d’avoir encore les larmes aux yeux des années après un décès. Il est possible de penser à cette personne lors d’un événement important de notre vie ou tout simplement dans notre quotidien.
L’objectif n’est pas de ne plus rien ressentir. Il peut simplement s’agir de pouvoir penser à la personne sans être systématiquement submergé par la douleur.
Quand le souvenir reste douloureux, que peut-on travailler ?
Il n’est pas toujours nécessaire de travailler sur l’ensemble du deuil. Parfois, il existe un élément très précis qui continue à faire souffrir.
- Une image qui revient.
- Une émotion qui déborde.
- Une sensation corporelle qui apparaît dès que le souvenir revient.
- Une culpabilité.
- Une colère.
- Un regret.
- Une pensée qui reste accrochée à l’événement : « J’aurais dû faire davantage. » « Je n’ai pas été assez présent. » « Je n’aurais pas dû partir. » « Je n’aurais jamais dû le laisser seul. » « Je ne pourrai jamais m’en remettre. »
Ce sont ces éléments-là que vous allez pouvoir travailler et chaque personne étant différente, il n’y a pas de protocole identique pour tout le monde. Vous partez de votre histoire, de ce que vous ressentez aujourd’hui et de ce qui continue à vous poser difficulté.
La sophrologie pour retrouver un peu d'apaisement
La sophrologie va être particulièrement intéressante lorsque le deuil prend beaucoup de place dans le quotidien.
Elle permet de revenir aux sensations corporelles, de travailler la respiration, de retrouver des moments de calme et de mobiliser progressivement des ressources qui peuvent sembler moins accessibles lorsque vous êtes dans la tristesse ou l’angoisse.
Elle peut également aider à retrouver des moments agréables sans culpabilité, parce qu’il arrive que rire, sortir, faire un projet ou simplement passer une bonne journée donne l’impression de trahir la personne disparue. Pourtant, retrouver du plaisir ne signifie pas oublier.
La sophrologie peut justement permettre de retrouver cette capacité à vivre les moments présents, même lorsque le manque existe encore.
Je ne cherche pas à faire disparaître la tristesse. La tristesse fait partie du deuil et de la vie. L’idée est plutôt de permettre à la personne de retrouver suffisamment d’espace pour que cette tristesse puisse exister sans occuper toute la place.
Quand les mouvements oculaires permettent d'aller travailler plus loin
Lorsque certaines expériences restent particulièrement chargées émotionnellement, les mouvements oculaires peuvent permettre d‘aborder différemment ce qui s’est passé. Vous pouvez revenir sur un événement, une image, une sensation, une émotion ou une pensée qui reste associée à celui-ci.
L’objectif n’est pas d’effacer le souvenir. Ce qui s’est passé fait partie de votre histoire et le restera. Ce travail consiste plutôt à permettre que cet événement puisse progressivement prendre une autre place, avec moins de charge émotionnelle lorsqu’il revient à la conscience.
Cela peut notamment être intéressant lorsque le décès a été brutal, lorsque certaines images restent très présentes, lorsque vous ressentez une culpabilité importante ou lorsqu’un événement ancien continue à avoir des répercussions dans le présent.
Et parfois, il faut aussi travailler son propre rapport à la mort
Tous les deuils ne conduisent pas à une peur de la mort. Mais pour certaines personnes, un décès va profondément modifier leur manière de regarder leur propre vie, la mort devient plus concrète. La maladie fait davantage peur, les symptômes du corps sont davantage surveillés, chaque appel téléphonique peut devenir source d’inquiétude.
Vous pouvez avoir du mal à vous projeter parce qu’une partie de vous reste dans l’anticipation de la prochaine mauvaise nouvelle. Dans ce cas, l’accompagnement peut aussi porter sur le rapport à la mort lui-même, pas pour trouver une réponse universelle à cette question, mais pour comprendre ce que la mort représente pour vous, ce qu’elle a changé depuis ce décès et comment retrouver davantage de présence dans votre vie actuelle.
Parce que vivre constamment dans la peur de perdre quelqu’un, c’est déjà perdre une partie des moments que nous avons encore à vivre avec cette personne.
Retrouver une place pour la personne disparue, sans que le deuil prenne toute la place
Je n’aime pas beaucoup l’expression « tourner la page » parce qu’elle donne l’impression qu’il faudrait laisser la personne derrière soi pour pouvoir continuer. Je crois plutôt qu’il s’agit de lui donner une autre place ; une place dans votre histoire, dans vos souvenirs, dans ce que cette relation vous a apporté, dans ce que vous continuez à transmettre.
La personne n’est plus là, mais tout ce qui a été vécu avec elle ne disparaît pas pour autant et progressivement, il est possible de reprendre des projets, de rire, de voyager, de rencontrer du monde, de profiter d’une journée, de construire de nouvelles choses, sans culpabilité, parce que continuer à vivre ne signifie pas abandonner celui ou celle qui est parti.
En résumé
Au fil de mes accompagnements, je constate que les personnes ne viennent pas toujours avec le même besoin.
- parler du jour du décès.
- parler d’une image qui revient régulièrement.
- déposer une culpabilité ou une colère.
- un décès récent a réveillé une perte beaucoup plus ancienne.
Parfois, il n’y a même pas un événement précis à travailler, il y a simplement cette sensation que la mort a pris trop de place dans les pensées, que le quotidien est devenu plus anxieux, ou que vous ne savez plus comment retrouver une forme de légèreté sans avoir l’impression de minimiser ce que vous avez vécu.
Mon rôle n’est pas de vous dire comment vous devez faire votre deuil, tout simplement parce nqu’il n’existe pas une bonne façon de vivre une perte.
Je vous accompagne avec votre histoire, votre rythme, vos émotions et ce qui, aujourd’hui, continue à être difficile pour vous. Le deuil ne demande pas à oublier, il demande simplement à vivre avec ce qui s’est passé sans que la douleur prenne toute la place.


